Soumission pour la consultation prébudgétaire 2025 du Comité des finances de la Chambre des communes

Recommandations

Afin de réduire au minimum le nombre de vies perdues inutilement à cause de la faim et de la malnutrition, et d'
affirmer le leadership canadien sur la scène mondiale, Action contre la faim Canada formule les
suivantes recommandations pour le budget 2025 :

Recommandation n° 1 : Que le gouvernement du Canada examine immédiatement la manière dont l'aide étrangère est ciblée et fournie en réponse à la plus grande restructuration de l'aide depuis 50 ans
. Le Canada devrait donner la priorité aux interventions ayant le plus grand impact et aux infrastructures essentielles, telles que les données et la coordination.


Recommandation n° 2 : Que le gouvernement du Canada réaffirme son leadership en matière d'aide humanitaire internationale en s'engageant à fournir un financement pluriannuel prévisible et à renforcer la coordination de l'
avec les pays donateurs partageant les mêmes idées, à un moment où les donateurs traditionnels se retirent de manière sans précédent
.

Recommandation n° 3 : Que le gouvernement du Canada investisse dans la recherche et l'innovation afin d'
maximiser l'efficacité, l'efficience et l'impact de l'aide, repoussant ainsi les limites
de ce qui est possible compte tenu des chocs financiers mondiaux.

Introduction

Action contre la faim Canada est une organisation humanitaire mondiale qui s'engage à mettre fin à la faim et à la malnutrition de notre vivant. Présente dans plus de 50 pays, elle fournit des services vitaux dans les domaines de la nutrition, de la santé, de la sécurité alimentaire, de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène (WASH) aux communautés les plus vulnérables du monde.

En tant que membre fier de la Coalition humanitaire, qui regroupe 12 organismes d'aide internationaux canadiens
présents dans 140 pays, nous sommes un partenaire essentiel du gouvernement du Canada dans la réponse aux crises mondiales.

Les besoins sont immenses : en 2024, 673 millions de personnes souffraient de la faim, soit 8,2 % de la populationmondiale1, et ce chiffre devrait augmenter considérablement dans les années à venir, car les États-Unis et de nombreux autres pays donateurs ont considérablement réduit leur aide étrangère. En conséquence, l'aide mondiale est confrontée à sa plus grande restructuration depuis 50 ans.

Une étude publiée en juillet 2025 dans The Lancet estime que les coupes budgétaires américaines, qui représentent
90 % de ses dépenses d'aide, pourraient entraîner 14 millions de décès supplémentaires d'ici 2030, dont 4,5
millions d'enfants de moins de cinq ans, en raison d'un accès réduit à la nutrition et à d'autres services essentiels.2

Comme l'a récemment déclaré un haut responsable humanitaire de l'ONU : « Nous avons été contraints de procéder à un triage de l'
survie humaine.»³

Tout comme le triage médical d'urgence, ce nouveau système classera les besoins par ordre de gravité. La priorité
sera accordée aux régions confrontées à des conditions extrêmes ou catastrophiques. Avec des ressources limitées, les zones
jugées moins urgentes pourraient ne recevoir aucune aide.

En bref, les besoins sont immenses et le contexte extrêmement difficile. Mais il y a une bonne nouvelle pour l'
: les réponses efficaces aux crises de la faim et de la malnutrition sont déjà connues.
Les familles ont besoin d'une alimentation riche en nutriments, d'un accès fiable aux services de santé essentiels et d'investissements dans la réduction de la pauvreté, qui s'attaquent directement aux causes profondes de la malnutrition. Le Canada possède une expertise de classe mondiale dans la lutte contre la faim et la malnutrition, qui devrait être mise à profit alors que d'autres pays se retirent.

Recommandations

1. Examiner comment l'aide étrangère est ciblée et distribuée
L'administration Trump a réduit le budget américain consacré à l'aide de près de 90 %. Étant donné que l'aide américaine
représentait 42 % des dépenses mondiales en matière d'aide, cela a eu un impact considérable sur la fourniture de l'aide mondiale.
Plusieurs pays européens ont également annoncé des coupes budgétaires de plusieurs milliards, qui ont toutes
contribué à une contraction significative du secteur. Par exemple, l'ONU a été contrainte de réduire ses budgets humanitaires de près d'un tiers.

Ce n'est pas une situation normale.

À court terme, ces coupes menacent directement les programmes humanitaires et de développement soutenus par le Canada dans des dizaines de pays prioritaires pour le gouvernement canadien. Elles compromettent les services nutritionnels, perturbent les opérations de secours d'urgence et obligent les travailleurs de la santé à refuser des soins vitaux à des mères et des enfants vulnérables.

À long terme, le système mondial d'aide humanitaire a été gravement déstabilisé et le Canada doit repenser son rôle et son approche, car le contexte a fondamentalement changé. Nous recommandons au gouvernement de revoir immédiatement la manière dont l'aide étrangère est ciblée et
fournie, notamment en hiérarchisant les investissements pour un impact maximal et en examinant comment
le Canada peut soutenir au mieux les infrastructures essentielles telles que les données et la coordination.

Dans l'établissement de ses priorités, le Canada doit reconnaître qu'il ne peut combler le vide laissé par les États-Unis et d'autres pays en matière de financement. Il devrait plutôt se concentrer sur les interventions qui auront le plus grand impact et dans lesquelles il possède une expertise de calibre mondial.

La lutte contre la faim et la satisfaction des besoins nutritionnels constituent l'un de ces domaines. Les plateformes de données Action Against Hunger
permettent d'identifier précisément les zones où l'aide est la plus nécessaire, et nous disposons de solutions éprouvées pour traiter les causes. Investir dans la nutrition est également un multiplicateur de force, car cela stimule la croissance économique, réduit les charges sanitaires et renforce la résilience des sociétés.

Cela profite au Canada, car bon nombre des pays confrontés à des crises alimentaires ont une population importante
et des économies émergentes qui peuvent contribuer à diversifier nos relations commerciales à mesure qu'elles se
consolident. Il faut savoir que l'Afrique, le continent le plus touché par la faim et la malnutrition, compte 1,55 milliard d'habitants, un chiffre qui devrait doubler d'ici 2027.

2. Réaffirmer le leadership du Canada en matière de développement international
Le Canada ne doit pas suivre la tendance mondiale au retrait. Au contraire, le gouvernement du Canada
devrait réaffirmer son engagement en faveur d'une aide humanitaire fondée sur des principes et basée sur les besoins en
augmentant son financement pluriannuel et prévisible en matière d'aide humanitaire et de développement, en mettant particulièrement l'accent
sur les services nutritionnels et sanitaires d'urgence.


Le contexte mondial se détériore. À l'instar des États-Unis, les principaux donateurs, notamment le Royaume-Uni , l'Allemagne, la France, les Pays-Bas et la Belgique, ont considérablement réduit
leurs budgets d'aide internationale. Ce retrait collectif menace la stabilité de l'ensemble du système humanitaire
, affaiblit les mécanismes d'alerte précoce et d'intervention, et rend les pays à faible revenu et touchés par des conflits de plus en plus vulnérables à la famine, aux migrations et aux épidémies.

Pour exercer son leadership de manière responsable, le Canada devrait :

  • Renforcer son enveloppe de financement de l'aide internationale à long terme avec des lignes humanitaires dédiées à l'
    ;

  • S'engager à financer sur plusieurs années des programmes éprouvés et évolutifs tels que la nutrition maternelle et infantile, l'eau et l'assainissement, et la sécurité alimentaire ;
  • Collaborer avec des pays partageant les mêmes idées pour combler le vide laissé par le retrait des États-Unis et l'
    promouvoir des modèles de financement coordonnés qui renforcent les priorités canadiennes.

Cette approche est non seulement conforme aux valeurs du Canada, mais elle constitue également un investissement stratégique dans la stabilité mondiale, la prévention des conflits et la crédibilité internationale.

3. Investir dans les données, la recherche et l'innovation
La réduction de l'aide mondiale signifie que, plus que jamais, il faut faire plus avec moins. Nous devons
moderniser l'aide humanitaire et amplifier les résultats qui sauvent des vies. L'évolution du contexte de l'aide humanitaire nécessite des investissements dans les données, la recherche et l'innovation afin de soutenir des approches fondées sur des preuves, basées sur la technologie et évolutives pour lutter contre la malnutrition, afin d'accroître l'impact et la rentabilité de l'aide humanitaire au fil du temps.

Il existe un chevauchement considérable entre cette recommandation et la première recommandation formulée dans la soumission
, qui consiste à examiner la manière dont l'aide étrangère est fournie. Les domaines qui devraient être explorés
comprennent :


  • Innovations en matière de collecte de données, de diagnostics mobiles et de renforcement des systèmes de santé locaux qui améliorent l'accès aux soins et réduisent les coûts des programmes. Un exemple de
    est SMART+, la référence mondiale en matière d'infrastructure d'enquêtes nutritionnelles qui
    permet de suivre en temps réel les tendances en matière de famine et d'insécurité alimentaire, et qui intègre
    l'intelligence artificielle pour améliorer l'impact, l'échelle et la rentabilité.
  • Tirer parti de l'expertise de classe mondiale du Canada dans les domaines de l'agriculture et des systèmes alimentaires, avec
    le soutien du monde des affaires et du milieu universitaire, afin d'apporter des solutions éprouvées à
    la faim et la malnutrition à grande échelle. Un exemple en est la collaboration avec les producteurs canadiens
    afin de trouver des approches innovantes pour remplacer les filières d'approvisionnement en aliments thérapeutiques prêts à l'emploi
    (ATP), en particulier dans les pays où le retrait des États-Unis a interrompu les chaînes d'approvisionnement
    .
  • Développement accéléré de systèmes d'alerte précoce pour lutter contre la malnutrition aiguë
    causée par les chocs climatiques, les conflits, l'aggravation de l'instabilité économique et le déclin
    des ressources humanitaires permettant aux acteurs locaux, nationaux et internationaux
    de prévoir et d'atténuer les crises dans les situations vulnérables.

En fin de compte, faire plus avec moins signifie fonctionner plus efficacement. Nous devons mettre à l'échelle
des solutions éprouvées afin de maximiser leur impact, tout en réagissant beaucoup plus rapidement aux crises émergentes. Il est beaucoup plus efficace d'identifier une crise émergente et d'y répondre rapidement que de la laisser se transformer en catastrophe majeure. Les données, la recherche et l'innovation sont essentielles à ces deux impératifs.

Conclusion

Le Canada a toujours fait preuve de leadership humanitaire fondé sur des principes. À l'heure où d'autres
pays se retirent de l'aide étrangère, cela représente à la fois une crise et une opportunité.

Alors que d'autres pays prennent du recul, le Canada peut aller de l'avant en concentrant ses efforts là où il peut avoir le plus d'
, en modernisant la prestation de l'aide et en se concentrant sur des solutions qui ont fait leurs preuves.

Nous exhortons le gouvernement à agir de manière décisive, à la fois pour protéger les investissements existants et pour mener la réponse mondiale à la crise alimentaire. Le moment exige du courage, de la coordination et de l'engagement.

Le discours du Trône affirmait que « le Canada est prêt à jouer un rôle de premier plan » et s'engageait à « former une
coalition de pays partageant les mêmes valeurs et croyant en la coopération internationale ». Ce leadership est plus nécessaire que jamais. Des millions de vies sont en jeu
. Le plus inquiétant est peut-être que, en matière de famine et de nutrition, nous disposons de solutions éprouvées
. Leur mise en œuvre n'est qu'une question de volonté politique et de ressources.

Nous remercions le Comité permanent des finances d'avoir examiné cette soumission avant le budget 2025.

Pour plus d'informations, veuillez contacter :
Onome Ako, directeur général
Action contre la faim Canada
oako@actionagainsthunger.ca


Remarques :
1. https://actionagainsthunger.ca/story/sofi-2025-hunger-is-declining-on-paper-but-not-in-reality/
2. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(25)01186-9/fulltext
3. https://news.un.org/en/story/2025/06/1164421

 

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