Une révolution tranquille

Cette histoire contient des descriptions de mutilations génitales féminines (MGF), de mariages précoces et de violences sexistes (VS), qui peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs. La prudence est recommandée.

Rédigé par Abel Gichuru, chargé de communication pour Action contre la faim Kenya

Dans le comté de West Pokot, au Kenya, une révolution silencieuse est en marche. Depuis des générations, des pratiques culturelles profondément ancrées telles que les mutilations génitales féminines (MGF), les mariages précoces et la violence sexiste (VS) ont jeté une ombre sur la vie d'innombrables filles et femmes. Mais aujourd'hui, grâce aux efforts inlassables d'Action contre la Faim et au soutien d'Affaires mondiales Canada (AMC), une nouvelle ère s'ouvre, où des filles comme Cheruto peuvent rêver d'un avenir sans danger et plein de promesses.

Cheruto, une élève de quatrième aux yeux brillants, avait toujours été déterminée à exceller à l'école. Elle rêvait de devenir enseignante, un phare du savoir dans sa communauté. Mais en grandissant, la pression pour se conformer à la tradition a commencé à peser lourdement sur elle. Ses camarades lui murmuraient à l'oreille que subir une MGF permettrait à sa famille d'obtenir une dot élevée et lui vaudrait le respect de la communauté. Malgré la désapprobation de sa mère à l'égard des MGF, Cheruto se sentait prise au piège entre ses rêves et les attentes de sa culture.

Lorsque les écoles ont fermé pour les vacances, Cheruto a pris une décision fatidique. Avec trois amies, elle a économisé 500 shillings kényans, acheté une lame de rasoir et cherché une mutilatrice traditionnelle. Elles ont dit à leurs familles qu'elles allaient chercher du bois de chauffage, mais se sont ensuite rendues dans la forêt où elles avaient été informées de l'emplacement d'une mutilatrice. L'intervention a été rapide mais douloureuse, et les filles se sont cachées dans la forêt jusqu'à la tombée de la nuit, tremblant de froid. Désespérées, elles ont cherché refuge dans une maison inachevée appartenant au frère de l'une d'elles. Elles ont réussi à se procurer de la nourriture avec l'aide d'un ami, à qui elles ont demandé de garder leur secret. Cependant, vers 3 heures du matin le lendemain, la police a fait irruption dans la maison, a arrêté les filles et les a détenues pendant deux jours avant de les emmener d'urgence à l'hôpital le plus proche pour qu'elles reçoivent des soins médicaux.

L'histoire de Cheruto n'est pas unique. À West Pokot, les MGF sont un rite de passage qui conduit souvent à des mariages précoces, mettant fin à l'éducation et au potentiel d'innombrables filles. De nombreux parents, attirés par la promesse d'une dot, encouragent ces pratiques, perpétuant ainsi un cycle de pauvreté et d'inégalité. Mais Action contre la Faim, en partenariat avec le département de la sécurité des enfants du comté de West Pokot, est déterminé à briser ce cycle.

Grâce au financement d'Affaires mondiales Canada, Action contre la faim a lancé une initiative multiforme pour lutter contre la violence sexiste, les mariages précoces et les mutilations génitales féminines. Au cœur de cet effort se trouve l'implication d'hommes champions, respectés dans leurs communautés, qui utilisent désormais leur influence pour remettre en question les traditions néfastes. Ces champions sont sensibilisés aux conséquences physiques, émotionnelles et psychologiques des mutilations génitales féminines et des mariages précoces, et ils transmettent à leur tour ces connaissances à leurs pairs.

« Avant, je pensais que les MGF étaient une tradition nécessaire », explique Samuel Lwapanyang, un défenseur masculin originaire de Masol, dans l'ouest du Pokot. « Mais après avoir constaté les dommages causés à ma propre fille, j'ai réalisé que nous privions nos filles de leur avenir. Aujourd'hui, je parle aux autres hommes de ma communauté pour les exhorter à protéger leurs filles et à les laisser aller à l'école. »

Action contre la Faim a également renforcé les capacités des autorités locales, notamment des chefs, des anciens et des policiers, à traiter les questions liées à la protection des enfants et au genre. Des sessions de formation et des ateliers ont permis à ces acteurs de se doter des outils nécessaires pour identifier et signaler les cas de violence sexiste et de mutilations génitales féminines, afin que les auteurs de ces actes soient tenus responsables de leurs actes.

« Grâce au soutien d'Action contre la Faim, je dispose des ressources nécessaires pour organiser des réunions avec des hommes influents et coordonner la sensibilisation de la communauté aux questions liées aux mutilations génitales féminines, à la violence sexiste et aux mariages précoces », explique Samuel Nakori, chef adjoint de Masol Location, dans le comté de West Pokot.

Les campagnes de sensibilisation communautaire ont constitué un autre pilier de cette initiative. Grâce à des partenariats avec les autorités locales et d'autres acteurs du développement, Action contre la Faim a parrainé des événements tels que les 16 jours d'activisme contre la violence sexiste. Ces plateformes sont devenues de puissants espaces de dialogue, où les membres de la communauté peuvent s'informer sur les dangers des MGF, des mariages précoces et de la violence sexiste. Des histoires comme celle de Cheruto sont partagées, non pas pour faire honte, mais pour éduquer et inspirer le changement.

Les effets de ces efforts commencent à se faire sentir. Les autorités locales signalent une baisse des cas de MGF et de mariages précoces, et davantage de filles poursuivent leur scolarité. Cheruto, qui se remet aujourd'hui de son calvaire, est devenue une militante du changement dans sa communauté.

« Je veux que les autres filles sachent qu'elles n'ont pas à vivre ce que j'ai vécu », déclare Cheruto. « L'éducation est notre avenir, et aucune tradition ne devrait nous en priver. »

Bien que le chemin vers l'éradication de ces pratiques néfastes soit long, le travail d'Action contre la Faim à West Pokot témoigne de la puissance de la collaboration, de l'éducation et de l'engagement communautaire. Avec le soutien d'Affaires mondiales Canada et le dévouement des acteurs locaux, l'organisation ouvre la voie à un avenir meilleur et plus équitable pour les filles et les femmes de West Pokot. Le chemin est loin d'être terminé, mais chaque pas en avant apporte de l'espoir et des possibilités à une communauté en transition.

Afin de protéger l'identité des principales personnes présentées, les visages des filles sur les photos ont été masqués et des pseudonymes ont été utilisés à la place de leurs noms réels.

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