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Les Canadiens doivent faire pousser leur propre nourriture

Photo: Carmen Oliveira, Ecole Publique Burrows Hall. Elèves pendant une session de jardinage, l’une des activités offertes par notre programme Génération Nutrition.

A mesure que le Canada s’est urbanisé avec les dernières générations, nous nous sommes davantage éloignés de la production alimentaire, et de toute connaissance pratique et directe à ce sujet. Le résultat : plus d’un quart des enfants canadiens sont en surpoids ou obèses.

Le constat est le même à l’échelle mondiale : une récente étude de l’Organisation Mondiale de la Santé a montré que l’obésité infantile et adolescente avait été multipliée par dix au cours des quatre dernières décennies.

Les décideurs politiques doivent garder à l’esprit ces chiffres inquiétants alors qu’ils sont en train de finaliser la première politique alimentaire nationale pour le Canada, qui devrait notamment avoir pour objectif d’augmenter l’accès à la nourriture nutritionnelle et abordable.

Une des moyens de faire face à ce problème est d’aider les Canadiens à faire pousser leur propre nourriture.

La déconnexion entre la production alimentaire et la consommation est aussi avérée pour les nouveaux Canadiens, parmi lesquels beaucoup sont originaires de pays où l’agriculture de subsistance est omniprésente, et qui arrivent au Canada pour vivre dans un immeuble en zone urbaine, avec un accès limité ou inexistant à de la verdure, sans parler d’un espace de jardinage.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Action contre la Faim a commencé à jardiner dans les écoles canadiennes, encourageant les enfants à mettre la main à la pâte et à apprendre à faire pousser, cultiver et cuisiner leurs propres fruits et légumes. Une autre raison est la triste réalité que plus de Canadiens que jamais (environ 12% des ménages canadiens) ont des difficultés pour apporter des aliments sains à la table .

La situation est pire chez les Autochtones canadiens : ils ont plus de difficultés que les autres ménages canadiens à accéder à des aliments sains, avec un taux sept fois plus élevé pour les ménages autochtones ayant des enfants d’âge préscolaire.

Beaucoup d’enfants des écoles élémentaires dans lesquelles nous travaillons ne savent pas que le ketchup est fait à partir de tomates. La plupart n’ont jamais creusé dans la terre pour y planter des graines, ou utilisé des ustensiles de cuisine pour préparer un repas à partir des aliments qu’ils ont fait pousser.

L’un des éléments les plus importants que nous avons découvert a été la réponse incroyablement positive des enseignants qui n’avaient jamais eu l’opportunité d’intégrer le jardinage ou la préparation de repas sains dans leurs leçons.

Un rapport du Conference Board du Canada datant de 2013, Assez pour tous : La sécurité alimentaire des ménages au Canada (disponible en anglais “Enough for All: Household Food Security in Canada”) a observé un niveau de connaissance sur la nutrition très hétérogène chez les Canadiens, et a recommandé l’incorporation de “littératie alimentaire” dans les programmes scolaires, incluant des “opportunités expérimentales” comme le jardinage de légumes et la cuisine.

Les gouvernements canadiens doivent faciliter le jardinage pour les enseignants, les étudiants et leurs communautés.

Non seulement les jardins offrent un accès direct à des aliments plus sains, mais ils sont un terrain d’apprentissage pratique privilégié pour les élèves. Les études montrent que les jardins ont une influence positive sur la réussite scolaire. Leur impact sur la santé mentale est aussi notable, et ce particulièrement au moment où les écoles canadiennes se débattent pour faire face à l’augmentation de la dépression et de l’anxiété chez les étudiants.

Carmen Oliveira, une conseillère en orientation à l’école publique Burrows Hall, Scarborough, Ont, m’a récemment envoyé un courriel pour me raconter un incident au cours duquel un autre enseignant l’avait appelée pour l’aider avec une élève qui était en pleine crise. “J’ai décidé de lui demandé si elle voulait marcher avec moi jusqu’au jardin” écrit Oliveira. “Elle s’est immédiatement calmée… Nous avons passé un peu de temps à regarder les plantes, à discuter de leur croissance, et c’est à ce moment-là qu’elle a commencé à s’ouvrir à moi et à se confier sur ses sentiments à propos de ce qu’il s’était passé dans la classe.”

“Tout cela montre bien les bénéfices pour tous d’un contact avec la nature.”

Le jardinage, savoir très ancien, devient une innovation éducative, comme une boucle qui est bouclée.

Burrows Hall se trouve dans  ce que la Ville de Toronto qualifie de Secteur d’Amélioration de Quartier (NIA pour Neighbourhood Improvement Area en anglais), sur la base de critères ethniques, démographiques et socio-économiques. Tous les NIAs font l’objet d’une attention et d’un financement particuliers, afin de les sortir de la marginalisation d’ici à 2020.

Malgré les problèmes du quartier, ou plutôt grâce à eux, Oliveira a partagé sa surprise de voir combien de parents voulaient “adopter” les jardinières pour les vacances d’été. Le nombre était si important qu’elle a créé un comité pour coordonner le programme. Pour beaucoup de familles, c’était l’occasion de profiter de produits frais qu’ils auraient eu autrement beaucoup de mal à s’offrir. Les parents étaient aussi désireux de travailler ensemble pour entretenir les jardinières restées à l’école pendant les mois d’été.

Cette expérience prouve que l’utilisation des cours de récréation et autres espaces communautaires sous-utilisés pour le jardinage encourage la cohésion et le développement communautaire.

Des projets à succès similaires existent déjà à travers le Canada, grâce à des groupes comme la Coalition pour une saine alimentation scolaire et des groupes comme Evergreen, qui développe des projets d’agriculture urbaine depuis des années. Cependant, ces projets sont créés de manière ad hoc quand les professeurs et les administrateurs sont intéressés et ont les ressources et le temps à dédier.

Un plan national pour que plus d’enfants puissent mettre la main à la pâte et jardiner, peut-être à travers la nouvelle politique alimentaire nationale, ferait du Canada un pays plus sain, et garantirait l’accès à des aliments nutritifs locaux pour plus de ménages.

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