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Trois années de conflit au Yémen: le bilan humain

Photo: Florian Seriex pour Action contre la Faim, Yémen

 

LA SITUATION ACTUELLE

« Aujourd’hui quand les bombes ne tuent pas, ce sont les maladies, le manque d’accès à la nourriture et aux soins ou les prix exorbitants des biens essentiels qui s’en chargent : les victimes indirectes de cette guerre sont innombrables. »

Lapo Somiglio, Directeur d’Action contre la Faim, Yémen

Le Yémen est la pire catastrophe humanitaire au monde, entièrement du fait de l’homme. Le constat est terrible : après 3 ans d’une guerre qui a officiellement coûté la vie à près de 10 000 personnes, et qui en officieusement causé nombre d’autres, l’ONU (Organisation des Nations Unies) estime que 80% de ses habitants ont besoin d’aide humanitaire.

A titre d’exemple, les taux de malnutrition chez l’enfant sont parmi les plus élevés au monde, environ 18,8 millions de Yéménites ne savent pas d’où viendra leur prochain repas, et cela sans mentionner les difficultés d’accès à l’eau potable, aux installations sanitaires et à des conditions d’hygiène adéquates.

Difficile de voir se profiler une amélioration lorsque la guerre bat toujours son cours, que seulement la moitié des structures de santé est fonctionnelle, et que le pays a connu plus d’1 million de cas de choléra rien qu’en 2017. Fuyant les combats, plus de 2 millions de personnes se sont déplacées dans le pays, avec tout ce que l’exode signifie ; perte des biens, des revenus, stress, trauma, violences. Aux Yéménites qui souffrent, s’ajoutent tous ceux qui sont venus en quête d’un refuge, car le pays accueille plus de 280 000 réfugiés et demandeurs d’asile.

A cette situation compliquée s’ajoute un autre problème, et pas des moindres : le blocus commercial imposée depuis novembre 2017 par une coalition formée par l’Arabie Saoudite, qui cherche à affaiblir les rebelles Houthis qui contrôlent entre autres le port d’Hodeïda, sur la mer Rouge, par lequel transitent 75% des importations. Ce blocus a considérablement contribué à aggraver les conditions de vie des Yéménites dans ce pays, qui était déjà le plus pauvre de la péninsule arabique, et qui dépendait à 90% des importations avant la guerre.
Les prix des biens essentiels ont donc augmenté de façon faramineuse, et malgré une réouverture partielle du port en ce début d’année, ils sont toujours bien au-dessus des niveaux d’avant le conflit. Le prix d’un kilo de riz a augmenté de 130% en moyenne entre janvier 2015 et janvier 2018, alors que le litre de fuel coûte entre 53% et 141% plus cher selon les régions.

Au-delà des biens commerciaux, l’aide humanitaire est elle aussi impactée par le blocus alors que certaines personnes dépendent uniquement d’elle pour survivre. Les obstructions à l’acheminement de l’aide humanitaire sont coutumières de la part des parties au conflit. Refus de délivrance de visa, de dédouanement, d’autorisation de circuler, d’atterrir, d’accoster : les freins administratifs s’ajoutent à l’insécurité subie par le personnel humanitaire et restreignent l’accès aux populations vulnérables.

 

COMMENT EN EST-ON ARRIVÉS LÀ?

Le Yémen est un conflit aux dimensions internationales.

Auparavant séparé en deux états, le Yémen du Nord et le Yémen du Sud, le pays est réunifié en 1990 avec, à la clé, des mécontentements dans la représentativité des différentes populations et le partage du pouvoir. En 2011, dans le mouvement des Printemps Arabes, le Yémen fait sa propre révolution. Le président Saleh, en place depuis 1978, est renversé au profit de son vice-président, Hadi, en 2012. Saleh s’allie alors avec les Houthis, un groupe séparatiste du Yémen du Nord, et tente de regagner le contrôle du pays. En 2014, la capitale Sanaa est prise par les rebelles Houthis et Hadi se réfugie avec son gouvernement à Aden, au sud du pays. Le pays est alors scindé en deux.

En mars 2015, une coalition internationale menée par l’Arabie Saoudite, qui est inquiète de l’avancement des Houthis vers le sud et les soupçonne d’être appuyés par l’Iran, lance une opération militaire pour soutenir le gouvernement officiel de Hadi et accélérer l’issue de la guerre. Trois ans plus tard, les opérations militaires sont embourbées, les lignes de front n’ont guère évolué depuis des mois, et la résolution du conflit semble dans l’impasse. Dans cette guerre sans gagnants, il n’y a que des victimes, les 29 millions de Yéménites qui sont bloqués dans leur propre pays. Quant aux grandes puissances occidentales comme la France, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, elles se rendent complices en soutenant cette coalition, en fournissant des armes et en refusant de s’engager pleinement dans la résolution diplomatique du conflit.

 

QUE FAIT ACTION CONTRE LA FAIM?

En dépit des difficultés d’accès aux populations vulnérables, Action contre la Faim a fourni, avec le soutien d’Affaires mondiales Canada, une aide alimentaire d’urgence aux populations des gouvernorats de Lahij et d’Abyan. Les familles les plus vulnérables – avec un accent particulier mis sur les foyers dirigés par des femmes – ont reçu des transferts directs en espèce, afin de leur permettre de satisfaire leurs besoins fondamentaux. L’utilisation de transferts directs en espèce est une solution temporaire employée dans des situations de crise où les populations déplacées et affectées n’ont aucune source de revenu. Leur montant est établi d’après le coût d’un « panier à provisions » de biens et services essentiels, ce qui équivaut au Yémen à $140 par mois. Par ailleurs, des comités locaux sont mis en place dans chaque communauté pour déterminer les foyers qui sont les plus vulnérables et nécessitant le plus un tel soutien.

 

Photo: Florian Seriex pour Action contre la Faim, Yémen

Un suivi continu est effectué par nos équipes locales pour suivre l’utilisation des fonds. Cette approche, qui a touché directement près de 10 000 personnes au Yémen, permet aux familles de décider comment répondre à leurs besoins les plus urgents. Avant le début de ce projet, 11% des ménages ciblés avaient un niveau acceptable de consommation alimentaire selon les normes internationales. Aujourd’hui, c’est 93% de ces ménages qui l’ont atteint.

 

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