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Autonomiser les femmes et unir les communautés en Jordanie

Work program/Argent Contre Travail - Action Against Hunger

Photo : Salwa Naqarash assise à sa machine à coudre. Freya Dowson pour Action contre la Faim.

Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, environ 660 000 personnes ont fui la Syrie et sont allées en Jordanie sous le statut de réfugié. En raison de ce flux constant de personnes qui traversent la frontière, les réfugiés et les Jordaniens subissent une pression économique intense. Dans un pays où les emplois et l’eau propre sont rares, on assiste à une montée des tensions entre les réfugiés et les communautés hôtes. A travers notre programme, Action contre la Faim cherche à calmer les tensions et à accroitre les opportunités de revenus pour toutes les populations vulnérables en Jordanie.

LE PROGRAMME « ARGENT CONTRE TRAVAIL » D’ACTION CONTRE LA FAIM

En 2017, Action contre la Faim a lancé son programme Argent contre Travail à Irbid, une ville frontalière au nord-ouest de la Jordanie. Le programme offrait une formation et des emplois aux réfugiés syriens comme aux Jordaniens vulnérables. Les participants du programme ont récolté, trié et réutilisé les déchets dans la région, bénéficiant l’environnement comme la communauté hôte. De plus, le programme a servi de pont entre les réfugiés et les populations hôtes, et a fourni des permis de travail d’un an aux réfugiés.

En mai 2018, Action contre la Faim a pris des nouvelles des participants au programme pour voir comment leur vie avait changé au cours de l’année passée. Ci-dessous se trouve l’histoire de Salwa Naqaresh et de Salem, deux sœurs qui ont fui la Syrie pour construire une nouvelle vie en Jordanie.

L’histoire de Salwa et Salam

Salwa Naqaresh, 31 ans, n’avait jamais voulu aller en Jordanie. Elle avait une vie confortable en Syrie, travaillant en tant que professeur d’anglais et élevant ses deux filles.

« Nous avions notre voiture et notre maison. Ma vie était très normale, comme toute famille jordanienne aujourd’hui. Je vois qu’ils ont leur voiture, leur maison, leur travail, leur mari. C’était ma vie aussi, mais je n’ai plus rien de tout ça aujourd’hui. »

Quand la guerre a éclaté, Salwa a tout fait pour garder sa famille en sécurité. Elle et ses deux filles se sont déplacées dans plusieurs villes en Syrie, essayant d’échapper à la violence qui semblait les suivre partout. Mais les choses se sont empirées. Le père de Salwa, et deux de ses frères, ont été tués. Le reste de sa famille a été séparé. Sa fille a commencé à vomir de peur à chaque fois qu’elle entendait des fusillades ou des missiles aériens. Il n’y avait aucune issue possible, et Salwa ne pouvait pas rester immobile alors que la guerre détruisait sa famille. En 2014, elle prend la décision difficile de quitter son pays et de rejoindre sa petite sœur, Salam, en Jordanie.

Aujourd’hui, Salwa vit à l’extérieur d’Irbid avec sa sœur, ses filles et ses deux neveux. Salwa et Salam sont toutes les deux séparées de leur mari et ne reçoivent aucun soutien, ce qui rend leur vie de réfugiées encore plus difficile. Les sœurs doivent élever leurs quatre enfants ensemble. « Dès fois, tout s’accumule et je me sens tellement stressée que je m’effondre », explique Salwa.

Malgré sa formation de professeur d’anglais, l’économie tendue fait que Salwa ne peut pas trouver de travail dans son domaine. Quand les sœurs ont entendu parler du programme Argent contre Travail d’Action contre la Faim, elles ont su que c’était une opportunité à saisir. Un an plus tard, elles sont ravies de l’avoir fait.

Créer des connexions et gagner sa vie

« Dès le premier jour, j’ai adoré le programme et les femmes avec lesquelles je travaillais », dit Salwa. Quand elle et sa sœur sont arrivées en Jordanie, elles se sont senties isolées. Mais après avoir travaillé avec Action contre la Faim, Salwa et Salam ont rencontré des Jordaniennes qui comprenaient leur situation. « Elles nous soutenaient beaucoup et nous invitaient à déjeuner ensemble », raconte Salwa. « Elle me demandaient d’apporter les enfants et de passer la journée avec elles, et ça me rendait heureuse. »

En plus de rencontrer des nouvelles personnes dans leur communauté, Salwa et Salam ont obtenu des permis de travail. Malheureusement, les deux sœurs ne se sentaient pas en sécurité à l’idée d’utiliser ces permis pour trouver un travail dans la ville. En tant que femmes seules, Salwa et Salam voyaient que les hommes les regardaient différemment. Alors les sœurs ont trouvé une solution. Lorsqu’elles travaillaient avec Action contre la Faim, elles gagnaient 12 JD par jour, terminant donc le programme avec 600 JD en poche. Salwa et Salam ont décidé de dépenser la moitié de cette somme dans une machine à coudre, qu’elles ont utilisé pour établir un petit commerce de couture depuis leur maison.

Aujourd’hui, Salwa et sa sœur ont un endroit en sécurité dans lequel travailler, et gagnent 125 JD par mois, assez pour acheter à manger et payer le loyer. Elles ont toujours des difficultés, mais pour la première fois depuis qu’elles ont fui la Syrie, les deux femmes sont autonomes et peuvent subvenir à leurs besoins. Ce n’est pas un petit exploit pour deux femmes en Jordanie, surtout des femmes réfugiées syriennes.

Et bien que les épreuves de la famille ne soient pas terminées, elles sont en sécurité et s’ajustent doucement à la vie en Jordanie. « La vie est difficile », dit Salwa, « alors on se doit d’être encore plus fortes. »


Photo : Salam Naqaresh (gauche) et Salwa Naqaresh (droite). Freya Dowson pour Action contre la Faim.

 

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