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Asbita & Wedad: « On nous a appris à prendre des décisions commerciales »

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‘Avez-vous déjà goûté du thé fait au feu de bois ?’, demande Asbita avec un sourire. ‘Entrez, la théière est prête.’
 

Asbita s’excuse de la modestie de sa maison tandis que sa belle-fille, Wedad, m’apporte une chaise en plastique. Les hostilités de 2014 ont eu des conséquences terribles sur cette famille. Le jour où un missile d’avertissement a frappé la maison, le petit-fils d’Asbita, âgé de 13 ans, a été tué. Asbita et sa famille, qui compte quatre enfants, vivent désormais dans les deux seules pièces qui n’ont pas été détruites. ‘Nous avons aussi perdu nos moutons, nos poulets et nos lapins’, raconte Asbita. ‘C’était l’affaire que j’avais reprise à la mort de mon mari.’
 

Cette famille a été déplacée pendant les trois guerres, en 2009, en 2013 et en 2014. À la différence de nombreux autres couples gazaouis, Wedad et son mari ont décidé de déménager ensemble après avoir été séparés pendant les hostilités. En effet à Gaza la tradition veut qu’une femme revienne chez ses parents si son mari ne peut plus subvenir aux besoins de la famille, auquel cas les enfants doivent rester avec leur père, qui devient responsable d’eux, chez ses parents à lui. ‘Ça a été très dur de me séparer de mon mari, c’est lui mon pilier’, dit Wedad. ‘Nous avons tout fait pour que les enfants soient bien nourris, allant même jusqu’à réduire notre propre part d’aliments. La qualité de la nourriture nous importait peu. Tout ce que nous voulions, c’est qu’ils n’aient pas faim.’
 

Même avant la dernière guerre, en 2014, époque à laquelle Wedad a dû prendre progressivement en charge les responsabilités d’Asbita, tombée malade, elle a eu beaucoup de difficultés à faire vivre la famille. ‘J’ai dû économiser pour acheter du lait pour les enfants. Le prix des aliments a beaucoup augmenté et ils sont devenus plus rares depuis que le blocus a commencé’.
 

Malgré les lourdes pertes essuyées pendant les dernières hostilités, la famille a repris son affaire d’élevage de moutons après la guerre avec l’aide financière d’Action contre la Faim. Asbita se charge désormais de la partie financière, tandis que Wedad a la responsabilité des animaux. Les deux femmes expliquent ce qu’elles ont appris pendant la formation qu’Action contre la Faim leur a donnée : ‘On nous a appris à prendre des décisions commerciales, comme l’achat de fourrage en gros pour être sûres d’en avoir d’avance et pour éviter les brusques hausses de prix. Avec le premier paiement, nous avons préparé l’étable. Avec le deuxième, nous avons acheté les moutons’.
 

La famille fait déjà des plans d’avenir pour son affaire. Elle veut avoir à nouveau des volailles et des lapins, pour devenir entièrement indépendante, sans besoin d’aide extérieure. Wedad raconte que tout va mieux. Elle peut maintenant offrir à ses enfants des légumes, des fruits et même de la viande deux fois par semaine.
‘Il n’y a pas longtemps, une amie m’a demandé conseil pour la création de sa propre entreprise’, sourit Wedad. ‘Je lui ai proposé mon plan d’affaires !’